les croyances

QUELLE EST LA PLACE DES CROYANCES DANS L’IDENTITE CREOLE ?

Comment se peut-il que sur un si petit caillou, isolé loin des grands centres culturels, démographiques, économiques, à l’écart des grandes routes maritimes, on puisse être en connexion avec des cultures du monde entier

On était parti sur l’idée de lister les origines des différentes croyances. En fouillant un peu, on a vite vu qu’elles étaient tellement mélangées qu’il nous a semblé plus intéressant de voir comment elles sont imbriquées et qu’elle est leur place dans ce que j’appelle les piliers de l’identité créole. C’est-à-dire les grands traits culturels discriminants, ceux qui permettent aux créoles de déterminer si une personne appartiennent à leur groupe ou pas.

Croyance : action de croire (académie française)
le CNRS parle de « conviction qui exclut le doute »

Dans notre cas, elle s’approche de la superstition :
pratiques jugées contraires à la raison (ATILF)
Croyance au pouvoir surnaturel de forces occultes (the free dictionary)

Quand je taille mes rosiers, je sais que ça va favoriser leur floraison. Quand je les tailles à la lune montante, je fais implicitement référence à des forces occultes, cad cachées, pas encore mises au jour.

1- La Réunion comme un creuset :

Comme dans un creuset, les origines se sont mélangées. Comme dans un pilon, les derniers aliments ajoutés sont les derniers à se mélanger, à donner toute leur saveur au groupe.

1a les différents apports :

Quand un peuple transplante une partie de sa population, et parce que la langue, comme la culture, n’est pas possédée dans sa totalité par chacun des éléments de ce peuple, il y a simplification de la langue, comme de la culture et focalisation sur les éléments perçus comme les plus importants. (Jean Poirier, université de Nice, in « Culture créole, hétéroculture réunionnaise »  publié dans « la recherche anthropologique à La Réunion » éditions L’harmattan 1999 page 127)

1a1- des apports européens :

Dans ce cadre là, on peut considérer comme importante la théorie des signatures que les Français ont amenée avec eux. Cette théorie nous vient de Mésopotamie, comme beaucoup de choses en Europe, mais elle a été formalisée au début de la Renaissance par, notamment, Paracelse. Le principe est simple : le semblable  soigne le semblable. Le vin ressemble à du sang, donc, le vin chaud peut soigner le sang. Le vinaigre, considéré comme du vin clair, peut éclaircir le sang. Une infusion de romarin (fluidifier le sang « saisi ») dans du vin, en fluidifiant le sang, peut aider à digérer-faire passer le fœtus.

Laurence Pourchez in « Grossesse, naissance et petite enfance en société créole » CRDP Karthala 2002, page 102

Tous ceci est réunionnais, mais se retrouve, quasi-identique, en Bourgogne, grand pays de vins.

1a2- des apports africains :

Venant d’Afrique, et de Madagascar, on retrouve la conception de la… conception. Le premier rapport n’est pas fécondant. Il épaissit le sang dans le ventre de la mère pour former une boule, un œuf d’où viendra la chair de l’enfant. Elle est nourrie par la semence du père qui fortifiera les os du fœtus.

Laurence Pourchez in « Grossesse, naissance et petite enfance en société créole » CRDP Karthala 2002, pages 97-99 ; confirmé par ma belle sœur, 58 ans, Ligne Paradis

1a3- des apports indiens :

A La Réunion, le principe féminin (je n’ai pas dit les femmes) est symboliquement froid et humide. Leur sang est considéré comme fluide. Le principe masculin est à l’opposé, chaud et sec. Leur sang est perçu comme épais. Donc, fluidifier le sang de la femme peut favoriser les écoulements sanguins et la rencontre avec le principe masculin, dans le ventre de la femme, commence par faire coaguler ce sang trop fluide pour enfants.

Ces principes masculin-chaud-sec et féminin-froid-humide se retrouvent dans le Kâma-Sûtra et dans la symbolique de Shiva, le feu et de sa femme Parvati, l’eau.

Source : Christine !

1b- au fond du creuset :

Comme dans un creuset, les origines se sont mélangées. Il faut du temps. Plus la présence remonte dans le temps, plus le mélange est fin. Comme dans un pilon : aux premiers coups, les aliments sont encore proches de leur état originel. A la fin, on arrive encore à les discerner, mais plus à les séparer. Les derniers aliments ajoutés sont les derniers à se mélanger, à donner toute leur saveur au groupe.

1b1- le syncrétisme :

Fusion de deux ou de plusieurs cultes en une seule formation religieuse ou cultuelle (universalis)

Mélange, fusion d’éléments de plusieurs cultures ou de différents systèmes sociaux (ATILF)

On peut donc parler de syncrétisme quand des pratiques religieuses d’origines différentes se sont suffisamment imbriquées qu’elles participent à un même rituel.

Laurence Pourchez a bien décrit ce phénomène dans diverses publications, notamment dans « Grossesse, naissance et petite enfance en société créole » CRDP Karthala 2002, quand elle parle de la Vierge Noire de Sainte Marie. Les vierges noires existent déjà en Europe. Elles sont la forme christianisée d’anciennes pratiques. On fait appel à elles pour des problèmes de femme (fécondité, maternité, os…). La statue est dressée sur un rocher, avec des bougies autour, à côté d’un manguier, à son pied coule un « kanal ». On trouve là les quatre éléments constitutifs-explicatifs du monde indien : l’eau, l’arbre, la roche, le feu. Très semblable au « feu-terre-air-eau » de l’astrologie méditerranéenne à part que ces derniers s’opposent et s’affaiblissent, alors que les premiers se complètent et se renforcent. C’est pour cela qu’ils sont réunis en un même lieu. L Pourchez parle aussi d’un bougainvillier, comme en Europe on trouvait des ronciers près des vierges noires. Du côté chrétien, on retrouve la symbolique de l’eau (Lourdes), du feu (cierges) et des ex votos sur lesquels sont dessinés des symboles indiens, comme le sadkonam (étoile de David) ou le croissant de lune musulman. Du côté malgache, on retrouve des symboles approchants. Près de Tananarive, divers lieux de pratique cultuelle, comme « la pierre enceinte » où se mêlent la roche et l’eau pour des demandes de fertilité.

1b2- l’assimilation

Action de rendre ou de présenter comme semblable ou identique, par comparaison ou par intégration (Académie Française)

Toujours dans le même livre et toujours d’après les témoignages recueillis lors de ses « observations participatives », L. Pourchez parle de « confusion » de « divinités ». St Georges, le chevaleresque terrasseur de dragon est assimilé à Mardeverin, redoutable guerrier, gardien des chapelles, et Omar, deuxième calife ayant porté la guerre et l’islam chez tous ses voisins. La Vierge Noire est semblable, dans son culte pour les enfants à Petiaye. Mariamen, outre son nom, est proche de la vierge blanche. On lui demande protection pour les récoltes, contre les épidémies, notamment la variole, elle est habillée de blanc (même si elle n’est pas en deuil) et son culte est souvent célébré en mai.

Le rite des cheveux maillés, même s’il est pratiqué à l’extérieur des églises, semble être récupéré par l’Eglise, intégré au rite catholique par l’usage de prières, notamment à St Expédit et à Marie, la présence de la marraine et du parrain qui coupe les cheveux et l’ex voto (cheveux dans une toile blanche, glissé dans une fente du rocher)

Françoise Dumas-Champion « Le mariage des cultures à l’île de La Réunion » éditions Karthala, 2008 page 262

1b3- l’opposition :

La création d’une identité nouvelle peut se faire lorsqu’une culture, un culte cherche à se différencier d’un, d’une autre trop semblable. Cela s’est déjà vu. Les chrétiens ont décidé qu’il fallait se découvrir devant dieu parce que les juifs, leurs parents, se couvrent.

Les malgaches font eux aussi des sacrifices de poules noires, mais, pour se différencier des services à Petiaye, les malgaches de La Réunion ont décidé de tuer des poules blanches. Cependant, des poules blanches sont offertes à Surlyan, dieu du soleil en Inde. Alors, certains malgaches se limitent à des volailles grises ou rousses.

Pareillement, les Antandroys arrivés dans les années 20 ont abandonné l’habitude de sacrifier des chèvres, trop malbar, pour se replier sur les bœufs, certains alors de ne pas être imités. Pour la cérémonie des cheveux maillés, les Malbars commencent à raser le crâne par le sommet tandis que les Malgaches coupent les cheveux maillés sur les tempes et sur la nuque.

Françoise Dumas-Champion « Le mariage des cultures à l’île de La Réunion » éditions Karthala, 2008 page 228-229

2- l’identité créole :

Je ne m’attacherais pas ici à modéliser la construction d’une identité culturelle, mais seulement à décrire les éléments permettant à des Créoles de déterminer qui est créole et qui ne l’est pas. Je crois que tous ici nous avons vécu ce que j’appelle le « jeu des certificats de créolité » que les Créoles utilisent souvent, et avec humour, pour mettre en doute les prétentions d’un intervenant. « Aster, Zoreil i mange piment ?! » « ou lé sur ou lé créole, ou ?! » Ces remarques se rencontrent surtout dans ce que j’appelle les « trois piliers de la créolité » que sont, dans l’ordre, la langue, la cuisine et la musique.

Créolité/créolitude : la réalité/l’affichage

2a- les facteurs discriminants :

Ils permettent de savoir qui partage, d’une façon significative et minimale, les éléments de cette créolité, et parfois, de démasquer ceux qui y prétendent abusivement.

2a1- la langue

Comme dans tous les pays, la langue est le premier contact avec autrui. Dès les premiers mots, des classements s’opèrent pour déterminer se l’interlocuteur appartient à mon groupe « national » de locuteurs, puis, à un niveau plus fin, à mon groupe social, et à chaque étape : sinon, à quel groupe appartient-il.

On le voit bien chez les Anglais qui ont un usage extrêmement contraignant des accents pour hiérarchiser les classes sociales. Et comme disait Jean-Loup Shifflet : « n’essayez pas d’y échapper. Même un accent neutre, s’il existait, ne parviendrait qu’à vous faire attribuer une classe sociale par défaut : la plus basse »

2a2- la cuisine :

La problématique culinaire des Zoreils et des Créoles est totalement différente. Devant un rougail saucisse ou un cari poulet, le Zoreil se demandera si c’est bon et commencera par sentir avant de goûter le plus vite possible. Le Créole commencera par regarder si ce plat ressemble à l’idée qu’il s’en fait. Si la réponse est négative, beaucoup n’y toucheront pas et certains se rapprocheront de leurs amis pour un moucatage en règle.

Cf. l’article sur Nathalie

Un jour,  Christine avait fait un gâteau patate. Ses collègues l’ont jugé d’un aspect acceptable, l’on gouté et la première remarque a été :
– c’est pas un gâteau patate, ça
– mais-si-mais-non-mais-si-mais-non…
– Qu’est-ce que t’as rajouté ?
– du gingembre
– alors c’est pas un gâteau patate ! (véridique !)

Il en va de même pour le piment ou le tangue : on fera lourdement et systématiquement remarquer son manque de créolité à un Créole qui ne mange pas de piment ou de tangue ou l’étonnante, voire douteuse adaptation du Zoreil qui, lui, le fait.

Cf. : l’article sur mon collègue au Baril

2a3- la musique :

La musique est un sommet de l’expression culturelle créole, le principal lieu de création littéraire, mais c’est surtout sur la danse que seront attribués les « certificats de créolité ». Si le « ti boyo » tourne bien, tout ira bien, mais si les déhanchés sont un rien trop mécaniques, la créolité du danseur sera irrémédiablement entachée pour la soirée.

2b- les facteurs non discriminants :

Cependant, ces domaines ne sont pas discriminants dans leur totalité.

2b1- la langue :

Dans le prisme du macro-langage réunionnais (Yvette Duchemann in « développer une compétence bilingue à La Réunion » Surya éditions, 2009 page 72) le locuteur peut se rapprocher énormément des sommets français. Si le reste de la communication (communication non et para verbale, phénotype, proxémie, etc) concorde avec l’idée de créolité de l’interlocuteur, cette créolité ne sera pas mise en doute.

2b2- la cuisine :

Si un Créole ne fait pas la cuisine (ouvreur de barquettes), voire même s’il ne mange pas créole tous les jours ou si sa connaissance est limitée, sa créolité ne sera pas mise en doute.

Si un Zoreil connait à fond et apprécie les plats les plus profondément ancrés dans l’imaginaire créole, qui sont, en même temps, les moins accessibles parce que peu servis dans les restaurants, comme le « cari la patte cochon » ou « morue frite ek brèdes mourong, rougail sardine, cari zöf, rougail zandouille »… ce Zoreil là sera vu comme très savant, mais pas forcément en voie de créolisation.

2b3- la musique :

La simple écoute n’est pas un facteur discriminant. Un Créole pourra écouter toute la journée des musiques du dehors sans que lui soit attribué un certificat de non-créolité. Ecouter du séga toute la journée ne me fera pas gagner en créolisation.

Il en va de même pour la production…

2c- l’ambiguïté de la famille :

Contrairement à mes camarades de la semaine dernière, je n’avais pas retenu la famille comme un élément fondamental de l’identité créole, parce que j’étais persuadé que les structures et pratiques familiales locales se retrouvaient ailleurs dans le monde.

2c1- les familles claniques

De grandes familles, centrées sur les parents, ayant des difficultés de conservation de leur cohésion à la disparition de ceux-ci, qui se réunissent souvent, d’une façon formelle (fêtes exceptionnelles, religieuses ou annuelles) ou improvisée, où la cuisine de la mère est célébrée comme fondatrice, j’en ai vu souvent et dans des pays différents (Espagne, France, Suède). Même en Suède, j’ai vu de grandes familles (de 4 à 6 enfants, plus les petits enfants et les cousins) où, au moindre « cou d’congne », tous les membres se rapprochent les uns des autres. Je parle de ces familles qui sont la source de (presque) tous les malheurs et les bonheurs de ses membres et dont il est difficile de sortir.

2c2- les systèmes familiaux :

Pour étayer cette hypothèse, je suis allé rafraichir mes souvenirs de la classification des systèmes familiaux d’E. Todd. Certain d’y trouver une modélisation de la famille créole.

Emmanuel Todd a travaillé sur l’hypothèse d’une détermination des idéologies et des croyances politiques ou religieuses par les systèmes familiaux. Il en a tiré une classification des structures familiales basées sur les rapports de liberté ou d’autorité, d’égalité ou d’inégalité, d’endogamie ou d’exogamie et de patriarcat ou de matriarcat.

In « la troisième planète » Seuil, coll empreintes, Paris, 1983

Cependant, je n’ai pas trouvé la famille créole (autorité, égalité, féminité, endogamie tolérée) dans la liste des six principales structures au niveau mondial. Il pourrait donc y avoir une certaine originalité.

2c3- un marqueur ambiguë :

A bien y réfléchir, il est évident que l’appartenance à une famille créole est un facteur important de la créolité. D’abord par la transmission du phénotype (l’apparence, même si celui-ci (cf. Gregor Mendel) est très variable dans les fratries), la langue, mais aussi par la transmission culturelle, au premier plan de laquelle le nom est comme une carte de membre de club.

Cependant, ces héritages peuvent être perçus comme des boulets pour ceux qui veulent dépasser leur créolité et se réfugier dans la « Réunionnité » ou la « francité » (jean Poirier) cf. exposé de la semaine dernière

3- l’usage des croyances

A la lumière de tout cela, nous pouvons, maintenant, essayer voir en quoi les croyances sont utilisées pour l’identification de la créolité par les créoles.

3a- des pratiques non discriminatoires

Quand on le fait comme moi pour cet exposé, qu’on aborde les croyances créoles par les livres, les études universitaires, d’une façon morte, on peut le faire en français. Cependant, si on veut en prendre la pleine mesure, cela ne peut se faire qu’en créole. Les investigations menées par Françoise Dumas-Champion et Laurence Pourchez ont été faites selon la méthode des observations participatives et des entretiens avec les officiants et les participants. Si l’on ne maitrise pas tous les aspects de la communication en créole, soit on perd beaucoup, soit on a besoin d’un accompagnant plus ou moins traducteur pour pallier ces pertes. Dans tous les cas, on passe au préalable par le filtre discriminant de la langue et de la culture : soit on y est « assistant », soit on y est « participant ». C’est en cela que, en l’état actuel de ma réflexion, je pense que l’usage ou la connaissance des croyances n’est pas un facteur discriminant de l’appartenance à l’identité créole.

3b- le partage

Tous les Créoles ne pratiquent pas. Beaucoup de gens connaissent un peu. Peu connaissent beaucoup. De plus, aujourd’hui, beaucoup des plus jeunes connaissent peu, et rares sont ceux qui pratiquent.

Parmi les plus jeunes : qui oserait ne plus sortir après 18 h ? Qui n’a jamais passé une soirée sous un manguier ? Qui a déjà montré du doigt un fruit ou une fleur dans l’espoir de les faire « couler » ? Qui, en voyant une couleuvre, a pensé à un deuil prochain ? On sait qu’il ne faut pas faire de grimaces à une femme enceinte, que son ventre pointu annonce un garçon, mais qu’elle jeune femme enceinte pratique la multitude d’interdits alimentaires pour s’assurer une belle descendance ?

Laurence Pourchez in « Grossesse, naissance et petite enfance en société créole » CRDP Karthala 2002, page 146

Comme pour la langue et la culture, personne n’est détenteur de la totalité de ce phénomène culturel, mais tout le monde peut y avoir accès par contact avec les autres détenteurs partiels. On comprend qu’il ne soit pas pertinent de discriminer sur un aspect perçu comme partiel et secondaire dans l’imaginaire collectif.

3c- l’unité

Laurence Pourchez, « femmes, métissage et identité créole » Association Réunionnaise de Culture et de Communication, volume 13 « identité et métissage à La Réunion » 20 min

Dans cet entretien, elle expose une idée intéressante. Elle a observé que beaucoup de jeunes mères créoles présentaient comme très familiales, certaines pratiques qu’elle a pu retrouver dans d’autres familles de phénotypes différents qui lui étaient, là aussi, présentées comme typiques de leur famille. Elle le rapproche du métissage qui, bien qu’important n’est que rarement présenté, si jamais il est présenté, comme un facteur important dans la construction de l’identité créole. Selon elle, la hiérarchie des couleurs existe encore et, dans l’intimité des conversations familiales, l’endogamie lui a été présenté comme favorable. Ce que les faits contredisent.

Cependant, quand elle sortait sa caméra, les discours changeaient, et elle voyait quasi systématiquement ressortir l’expression « nous, les femmes créoles… ». A ce moment là, on voyait bien l’importance des croyances et pratiques dans la construction d’une culture commune. Comme on l’a vu, la semaine dernière avec Emilie et ………………….., ce n’est qu’en se confrontant avec l’Autre, l’étranger, qu’on distingue nettement les contours de sa culture. Ici, la caméra tient le rôle de l’Autre. Alors, le discours changeait et les contours d’une culture commune se dessinaient.

On retrouve cette idée chez Françoise Dumas-Champion (pages 227) : « ‘l’important, c’est la conception fonctionnelle et opératoire du rite et non la religion qu’il sous-tend. »  L’efficacité prime sur les différences. Si un rite ne suffit pas, on va pratiquer un rite voisin. Comme tout le monde fait pareil, les rites s’unissent dans une pratique commune qui prend sa place dans une culture commune. Mon mari vient d’apprendre avec surprise que sa très catholique maman suivait la messe d’un prêtre chinois à St Pierre qui a été désavoué par sa hiérarchie parce que, non seulement il avait brisé son vœux de célibat (et baptisé ses propres enfants) mais surtout parce qu’il pratiquait, dans sa chapelle des rites « d’exorcisation » qui n’étaient pas très catholiques.

Conclusion

Sans vraiment s’en rendre compte, sans en avoir une conscience claire et revendiquée, une culture créole s’est créée qui n’est pas une simple juxtaposition ni même un mélange plus ou moins poussé d’apports culturels extérieurs. Il s’agit là d’une création originale, dans laquelle les croyances ont une place importante mais discrète, non discriminante.

Il ne faut, toutefois pas oublier que, ici, les choses changent très vite et que, d’une génération à l’autre, la transmission est partielle, qu’il y a des phénomènes d’oubli, de rejet, d’importation, d’adaptation, de création.

D’une génération à l’autre le créole n’est pas le même (Harry et son père). On peut même assister à des changements de langue maternelle (créolisation, décréolisation). Beaucoup d’interdits sont aujourd’hui rejetés parce trop lourds. Les média et l’école participent pour beaucoup à la francisation du créole. Les chaines musicales ont modifié jusqu’à la façon de se saluer. Cependant, il y a toujours des phénomènes d’appropriation et si en surface, on se rapproche, en profondeur, on garde son originalité. Et ceux qui ont déssauté la mer l’on bien comprit.

Publié on 9 avril 2010 at 19 h 17 min  Laisser un commentaire  

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